Christel Delrieu devant son œuvre «Return to a free Palestine» exposée au musée de la Palestine de Woodbridge, dans le Connecticut, près de New York./ Photo DR

INTERVIEW

Comment se retrouve-t-on exposée, loin de Cornebarrieu, de l’autre côté de l’Atlantique ?

Je n’arrive pas à y croire moi-même. La magie des rencontres virtuelles qui deviennent réalité. Quand les choses doivent se faire, elles se font très simplement et naturellement. En l’occurrence Faisal Saleh, propriétaire et fondateur du musée installé à Woodbridge dans le Connecticut, tout près de New York, a été séduit par mon concept artistique et trouvé intéressant de confronter une vision artistique européenne sur le thème de la Palestine. Je suis la seule artiste non palestinienne du musée et j’en suis très honorée. J’ai fait une œuvre spécialement pour ce lieu où j’ai fait des rencontres magnifiques. Entendre les témoignages d’artistes lors de l’inauguration, notamment le peintre Samy Habaly, fut très émouvant et bouleversant.

Vous travaillez à partir de variations picturales empruntées à la physique quantique…

Exactement. Je suis passionnée par la physique quantique. Chercher de quoi les choses sont faites pour comprendre ce que nous sommes. Je représente les connexions invisibles de la matière, l’infinitésimal, le lien de toutes choses. Mon travail est rythmé par des points, codifiés et mesurés. J’ai inventé une matrice de construction inspirée de la physique quantique qui relie des lignes avec ces points. Issu de ces variations j’ai créé mon propre alphabet de lettres et de chiffres que j’utilise pour introduire des messages dans mes œuvres Sur le tableau que j’ai créé pour le musée, on peut voir en tant que motif, le texte «return to a free Palestine», les lignes noires relient les couleurs du drapeau Palestinien fragmenté… symbole aussi de la carte de la Palestine aujourd’hui. Il y a toujours plusieurs façons de voir mon travail.

En quoi votre peinture a-t-elle pris une dimension politique ?

Il n’y a rien de politique dans ma peinture. Et ce n’est pas du tout le sens de la démarche de Faisal Saleh, le fondateur et propriétaire du musée. À travers cette œuvre, acrylique et huile sur toile, j’ai voulu surtout illustrer un message de paix. La liberté de créer et d’exposer n’est pas une évidence dans tous les pays. La collection du musée retrace des vies humaines, des témoignages, que ce soit en photographie, en peinture ou dans les expositions d’objets de la vie quotidienne. Il y a aussi plus de 200 dessins d’enfants très émouvants et très intéressants à découvrir avec mon regard de Française.

En saisissant les arabesques d’un cortex, vous rapprochez aussi l’abstrait de l’humain…

Oui, même si je n’aime pas le mot abstrait. Je pense qu’il n’y a pas de limites entre l’intérieur et l’extérieur de soi, tout est une question d’échelle et de point de vue. Je travaille actuellement sur un grand projet consacré justement aux connexions du cerveau humain ! Pour moi, le contenu, le contenant et le sens sont liés, quoi qu’il en soit.

Quand pourra-t-on découvrir votre œuvre à Toulouse ?

L’œuvre appartient désormais au musée de Woodbridge et restera, donc, aux États Unis. Elle a d’ailleurs eu les honneurs du New York Times, qui l’a publiée… Mais j’exposerai d’autres œuvres tout le mois de mai dans la galerie toulousaine Agama, rue Bouquières.